{mercredi 21 juillet 2010}

La cueillette des cerisettes

Comme vous le savez, en ce moment, mon mode de vie diffère quelque peu de Mélanie et Jon, tout particulièrement parce que ceux-ci se trouvent à la fin de la longue chaîne cerisière, une des dernières avant que ce petit fruit rougeâtre et tant aimé se rende dans votre cavité buccale.
Moi, au contraire, je me situe plus au début de cette belle chaîne alimentaire, soit à la cueillette.

Je vous invite donc à me suivre au plein coeur d'une journée typique de ma vie de "pickeuse" de cerises:


3:50 -   Le réveil sonne. J'ai besoin de quelques instants pour comprendre que c'est ce qui m'a réveillé, que ce n'est pas un rêve, et que je dois bel et bien me lever. Je me prépare en vitesse, au beau milieu de l'obscurité la plus complète.

4:20 - J'enfile mon sensuel harnais blanc, au bout duquel pend une tout aussi sensuelle chaudière des plus rouillées, et je cours jusqu'aux cabines, c'est-à-dire 2 rangées de pommes plus loin. Normalement, le trajet se fait sans douleur, sauf lorsque l'on fait un face à face avec une mouffette, après s'être réveillée une heure en retard (référence directe à hier matin).

 Ci-dessus, le dit sensuel bucket accompagné de son sensuel harnais

4:30- Encore dans le noir total, nous partons tous au champ, les yeux petits et la motivation pas toujours présente. Bien qu'on ne voit encore rien, on se fait tous rapidement assigner un arbre, et on monte en vitesse au bout de notre échelle de 8 pieds pour ramasser le plus rapidement toutes les cerises qui nous tombent sous la main.

6:30- Ce sont encore mes premiers jours de cueillette, donc je suis tendue à l'extrême depuis 2 heures, essayant d'assimiler toutes les techniques que m'a montrées notre "crew boss", Marc. Je suis entourée d'experts en la matière, des gens qui cueillent depuis des années et qui semblent voler d'une cerise à l'autre sans difficulté. Je tente de les oublier et me concentre sur mes propres fruits rouges.

6:45- Une de mes branches étant très basse, j'ai enfin pu adopter la position du "gladiateur" apprise plus tôt, qui consiste à plier mes genoux le plus bas possible pour me placer sous la branche, au lieu de me lancer à quatre pattes sous l'arbre, comme j'en aurais envie. Paraît-il que le gladiateur serait plus efficace... Dommage.

7:02- Zut, j'aurais vraiment pas dû mettre mon sublime chandail vert décoloré du BÉPEP.J'arbore maintenant les couleurs Noëliennes, soit le vert et le rouge.

7:45- Chaque fois qu'on a terminé de cueillir nos arbres, on doit demander à Marc ou aller par la suite. Donc, sans cesse, on entend hurler: "Maaaaaarc !" de façon hystérique, par mes collègues qui ne veulent absolument par perdre une minute d'éventuel profit. S'ils sont chanceux, Marc les entend et leur crie de les suivre. Ils s'élancent alors à toute vitesse avec leur longue échelle sous le bras, le bucket ballant dans le cou avec bruit. J'ai toujours l'impression de me trouver au beau milieu d'un troupeau de belettes pressées. Car, il faut bien le préciser, nous sommes payés selon le nombre de buckets que nous avons réussi à cueillir à la fin de la journée.

De mon côté, lorsque j'ai terminé un arbre, je lance un timide " Meaaerc...?". Dès qu'il m'entend, il vient m'aider à transporter mes choses et je trottine tranquillement derrière lui. Je refuse d'être une belette.

8:15- Marc vient ramasser mes buckets, me donnant par le fait même une idée plus précise du nombre auquel je suis parvenue. Il fait la même chose avec tous les autres autour de moi, et bien sûr les chiffres grimpent dans les milliers, et moi dans les moins-que-dix (notez ici une légère exagération).

Mon stress augmente. J'ai quelque peu envie de m'en aller... Jusqu'à ce que j'entende le décompte des quelques débutants comme moi, dont mon frère. Les chiffres sont plus raisonnables, je les rattrape presque. Ouf!

8:32- "Pis mon Charlot, t'es rendu à combien là? Dis-moi pas que j'vas te devoir une bière!". Ça, c'est Guy Chrétien (effectivement parent avec Jean Chrétien), le doyen du verger, qui compétitionne avec mon frère toute la journée durant. Celui qui cueille le moins de buckets doit une bière à l'autre. J'adore!


9:30 - Légère nostalgie. Normalement, à cette heure précise, Robert ou Jane arrivent en criant "Coffeeeee!", et nous nous regroupons tous dans l'allégresse pour boire un réconfortant café et manger une délicieuse pâtisserie concoctée par Jane...Le thinning me manque.

10:00- Wow, ça fait 6 heures que je n'ai pas mangé ni bu, et je ne suis même pas morte! À ce moment précis, je me rends compte qu'en temps normal, je mange vraiment beaucoup trop.

Il faut dire que durant les cerises, les besoins primaires doivent être mis de côté. Pas question d'aller aux toilettes, de se nourrir, de boire, de prendre une pause, de rire (rire étant un besoin primaire)... Mais de toute façon, on est tellement concentrés qu'on oublie presque ces besoins. Ce n'est donc pas une torture.

10:07- Voici mon moment préféré de la journée, qui arrive seulement lorsqu'on doit faire un long déplacement: un tour de quatre-roues. Je cours jusqu'à l'engin, Marc prend mon échelle sous son bras et moi je saute à l'arrière. Le bolide va très(trop) vite, les branches me fouettent, mais j'a-do-re ça!

11:00 (ou parfois, 8:30)- "Last buckeeeet!".
Voilà, la journée est terminée! C'est ce qui fait la beauté du "cherry picking": finir extrêmement tôt et ensuite pouvoir faire la fiesta! Bien que je m'améliore de jour en jour, mes journées de travail ne sont pas encore très lucratives. Mais au moins, je me dis que j'ai plus de temps pour dépenser l'argent que je n'ai pas gagné... Oups.


Cela signe la fin de mon périple quotidien! Celui-ci ne durera pas très longtemps, car il ne nous reste déjà plus que 3 ou 4 jours de cerises.


Ce soir même, avec Roxane, nous avons concocté de la confiture de cerises, à partir d'une bonne dizaine de recettes et d'avis de gens différents. On ignore ce qu'il en adviendra, mais pour l'instant elle repose paisiblement dans ses pots, et selon ce qu'on en a goûté, elle sera exquise!



6 droits de réplique:

Gourmand a dit…

Nice bucket you got there.

Mamanmousse a dit…

On dirait que tu nous as tous subjugués!
Pas grands commentaires...
sinon qu'il faut être bien travaillant pour accomplir cette job!
Bravo!

Micheline a dit…

Ben mon commentaire d'hier on dirait que ça pas marché, alors je recommence. D'abord Marilou y parait que l'avenir est pour ceux qui se lève tôt, imagine ton avenir. Et puis moi et nos 6 poules sommes très heureuses de savoir que tu ne te transformera pas en belette. Et puis j'aimerais aussi savoir si le pantalon à une patte est une nouvelle mode la bas pis est-ce que ça s'en vient par chez nous? Fais attention à toi XXX Maman

Marilou a dit…

Haha merci MamanMousse! En fait, je crois que le commentaire de Piel résume bien le tout: c'est effectivement un sacré "nice bucket" que je possède!

Maman, tu devras m'expliquer qu'est-ce que c'est que cette histoire de pantalon à une patte, c'est à n'y rien comprendre.
Les poules vont bien? Caresse leur plumage duveteux pour moi!

Micheline a dit…

Je faisais référence à la première photo de toi ou on voit très bien que tu portes un pantalon à une patte!

Maman de Jonathan a dit…

Désolé de n'avoir pu répondre avant Marilou, les vacances occasionnent des déplacements qui parfois nous privent des commodités urbaine tel que l'internet. Que de courage et de technique pour la cueillette de ce petit fruit savoureux. La confiture semble délicieuse....pourrons-nous y goûter???
Tourlou,
Maman France xxxx

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